Bilan : L’EURO 2016 résumé en 3 questions qui fâchent

Cet EURO 2016 a donc pris fin dimanche soir avec le sacre du Portugal, qui est venu à bout de l’équipe de France dimanche soir au Stade de France de Saint-Denis en finale de la compétition. Le mérite, la nouvelle formule et la fin du règne des statistiques… voici l’EURO 2016 résumé en 3 questions qui fâchent.

 

 

Le Portugal méritait-il de remporter cet EURO 2016 ?

 

Que faut-il vraiment reprocher au Portugal lors de cet EURO 2016 ? Si beaucoup de supporteurs de l’équipe de France et d’observateurs ont balayé d’un revers de main le jeu de la Seleção, il ne faut pourtant pas oublier que le niveau global de ses prestations du 1er tour était bien supérieur à celui des Bleus… mais sans les résultats qui allaient avec.

On les voir venir de loin ces personnes jurant qu’il n’est pas normal qu’un troisième de groupe ait le droit d’aller en 1/8 de finale. Et pourtant, cette nouvelle formule était connue de tous avant le début de la compétition. D’ailleurs croyez-vous vraiment que le Portugal aurait joué de la même manière si la troisième place n’avait pas potentiellement été qualificative ? Non, assurément.

Voyant que ses hommes ne gagneraient pas en basant leur jeu vers l’offensive, Fernando Santos a accepté cette idée afin de l’emporter coûte que coûte. Et lorsqu’on ne peut pas gagner en misant uniquement sur ses propres forces, on se sert alors des faiblesses de son adversaire. Fini le beau jeu inefficace, c’est donc en prenant ses adversaires à défaut que le Portugal est allé au bout. Tantôt défensive (Croatie), tantôt offensive (Pologne), tantôt attentiste (pays de Galles)… la Seleção aura eu l’intelligence de constamment s’adapter à l’équipe d’en face.

Il en aura d’ailleurs été de même contre la France en finale. Pour combien d’équipes la sortie de la star offensive aurait rimée avec fin des espoirs ? Avec une blessure en plein match d’Antoine Griezmann, qu’aurait par exemple fait l’équipe de France contre l’Irlande ? Bref, conscient qu’il ne disposait pas d’une armada offensive suffisante (en quantité et en qualité), Fernando Santos a donc basé une grande partie de son jeu sur les forces de son groupe… qui se sont avérées être pour la plupart défensives. Partant de ce constat, la sortie de Cristiano Ronaldo a eu moins d’impact dans l’équilibre du jeu portugais et une influence moindre sur le bloc collectif.

Concernant cette finale contre la France, le coaching du sélectionneur a été primordial. Et si les Bleus ont laissé passer une pléiade d’occasions dans leurs temps forts, le Portugal n’aura pas manqué le sien. Faire sortir un milieu de terrain pour un attaquant, cela est tout sauf défensif… et lorsqu’en plus sur le peu de fois où vous allez dans le camp adverse vous parvenez à gêner votre adversaire, parler de vol est malvenu.

En s’adaptant aux Bleus, Fernando Santos a donc laissé passer l’orage pour mieux contre-attaquer dans la foulée. Les entrées sur le terrain de João Moutinho – pour tenter de gagner la bataille dans l’entre-jeu  – puis d’Eder – pour tenter de reprendre le dessus dans le jeu – ont totalement redistribuées les cartes dans cette partie. Prise au milieu de terrain et bousculée défensivement, l’équipe de Didier Deschamps est alors retombée dans ses travers du début d’EURO. Le bloc collectif a littéralement explosé durant la prolongation. Défense, milieu, attaque… sans liant, chaque secteur était alors livré à lui-même alors qu’en face, c’est une véritable équipe qui remontait d’un cran sur le terrain et imposait son jeu au fil des minutes.

Loin d’être spectaculaire, le Portugal aura donc toujours fini par trouver la faille pour faire déjouer son adversaire puis pour le piquer lorsque l’occasion lui aura été donnée. A défaut d’avoir eu le jeu, la Seleção aura donc eu l’intelligence tactique. A ce compte-là, difficile de ne pas parler de mérite.

 

 

Quel bilan pour la formule à vingt-quatre ?

 

Franchement, cette formule à vingt-quatre aura été un véritable échec en terme de jeu et de spectacle sur le terrain. D’ailleurs, ce sont plus les supporteurs qui se sont mis en évidence durant cet EURO 2016 que le football. Preuve en est, avec le phénomène Will Grigg. Sans même disputer une seule minute dans cette compétition, l’aura de l’attaquant nord-irlandais auprès du grand public aura été beaucoup plus importante que celle d’un Moussa Sissoko, qui a pourtant à lui seul rééquilibrer le bloc de l’équipe de France… C’est dire si le football est passé au second plan durant ces trente derniers jours.

Si cette petite histoire autour de Will Grigg s’avère sympathique, les purges infligées par les nouveaux arrivants n’étaient vraiment pas une nécessité. Hormis le pays de Galles, voire la Hongrie dans une moindre mesure, quelle petite nation a vraiment fait sensation sur le terrain? L’Irlande du Nord, l’Islande, l’Albanie… c’est sympa mais ça n’apporte rien en terme de spectacle. Pire encore, dans les phases à élimination directe, ça se fait exploser contre des grosses nations.

Le système des quatre meilleurs troisièmes qualifiés n’aura par ailleurs pas vraiment plaidé en faveur de l’amélioration du jeu des différentes équipes. Si on peut critiquer le Portugal avec ses trois matchs nuls, la France n’est pas non plus à plaindre avec ses faux-adversaires du 1er tour… Dans une formule à 16 équipes, et donc avec des groupes plus relevés, il est d’ailleurs peu probable que les Bleus, à l’instar de l’Angleterre, la Belgique voire même le Portugal, aient pu se hisser en 1/8 de finale en mode gestionnaire. Ce qui signifie que les purges face à l’Albanie, la Suisse, la Suède ou la Slovaquie n’aurait probablement jamais eu lieu. Pour comprendre que cet EURO 2016 était tout sauf spectaculaire en terme de jeu, il suffit d’ailleurs de penser que des équipes aussi faibles que l’Albanie, la Turquie, la Russie, la République Tchèque – ou même la Suède – ont failli se qualifier pour les 1/8 de finale en misant tout sur le dernier match de poule.

A partir de là, le fait de voir l’adaptation tactique triompher sur le beau jeu n’est pas vraiment une surprise tant le jeu proposé était minimaliste ou trop bancal pour une très large majorité de ces équipes… mis à part pour l’Italie, l’Allemagne, la Croatie ou l’Espagne.

 

 

 Le ‘football statistiques’ est-il enfin enterré ?

 

« L’EURO 2016 sera celui de l’équipe de France car elle gagne toujours à domicile », « Après 1984 et 2000, 2016 est pour les Bleus car c’est la règle des seize ans », « La France n’a jamais perdu dans une grande compétition face au Portugal », « 65 % de possession de balle, 35 tirs dont 18 cadrés… on ne comprend pas comment ils ont pu perdre avec une telle domination »…

Pour commencer, parmi toutes ces affirmations qu’on a pu voir sur Infosport +, BFM TV, I Télé et consorts tout au long de ces derniers jours, une bonne partie d’entre elles est totalement erronée. Premièrement, la France a perdu l’EURO 1960 et la Coupe du Monde 1938 en étant organisatrice, donc elle n’a pas toujours gagné à domicile. Deuxièmement, l’EURO 1968 n’avait pas été remporté par les Bleus, donc la règle des seize ans… on oublie aussi.

Pour ce qui est des séries d’invincibilités, en quoi cela est gage de réussite avant une rencontre qui se joue à dix ans d’intervalle… mis à part pour les ignorants du football qui se cherchent quelques éléments pour se rassurer. Après tout, si les placébos font effet dans les pays du tiers-monde, pourquoi ces données factices ne seraient pas efficaces pour les non-initiés !

Plus que ces formulations bidons et ces dictons à la con, c’est le poids pris par les statistiques qui est affligeant. Comment peut-on laisser entendre que trois frappes désespérées dés 30 mètres et stoppées sans difficulté ont davantage d’importance qu’une frappe au-dessus à trois mètres du but ? En allant au bout du raisonnement pour ces statistiques, on s’aperçoit tout simplement qu’elles n’ont aucun poids si on ne tient pas compte du scénario de la rencontre.

Si une équipe est menée au score dés la 5e minute de jeu, sauf devant une formation ultra-dominatrice comme le Barça ou le Bayern, il n’y a rien de plus normal qu’elle soit contrainte de faire le jeu pour revenir dans la partie… et qu’elle est de fait la possession du ballon par la suite. Mais être maitre du ballon à dix mètres de ses cages ou aux abords de la surface adverse, ce n’est pas tout à fait la même chose… et la simple lecture des statistiques ne permet pas de rectifier le tir.

Avec les victoires de la France sur l’Allemagne ou du Portugal sur la Croatie, on s’aperçoit tout simplement que c’est le réalisme qui l’a emporté et non les statistiques. Concernant la finale Portugal – France, sur les 120 minutes de jeu, on se rend compte que les Portugais ont eu autant d’occasions franches que les Bleus… même sans avoir autant de frappes, de tirs cadrés ou de possession de balle. Ce que les fameuses stats camoufleront une fois de plus.

Autrement dit, autant les statistiques peuvent être utiles lorsqu’elles sont données en complément d’une première impression personnelle, autant elle sont trompeuses lorsqu’elles servent uniquement à se faire une impression personnelle. Et les exemples n’ont pas manqué tout au long de cet EURO 2016.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *