#CDLR / Débat : Euro, Benzema va-t-il manquer aux Bleus ?

Pour ce nouveau Clash de la Rédaction, Tribune Sports vous propose de revenir sur la suspension confirmée de Karim Benzema pour l’Euro au mois de juin prochain. Inutile de se pencher sur l’aspect judiciaire de l’affaire, étant donné que le verdict n’a pas encore été prononcé, ce débat reposera uniquement sur des éléments sportifs et éthiques du dossier. Voici l’objet du Clash de la Rédaction : « Karim Benzema va-t-il manquer aux Bleus au cours du prochain Euro ? »

 

Benzema, un manque évident pour les Bleus

 

« « L’Euro avec ou sans Benzema ? Non, évidemment ce ne sera pas la même chose sur un plan sportif. » Ces mots sont signés Didier Deschamps et datent… de mars dernier, soit il y a à peine un mois en arrière. Le sélectionneur national en était alors parfaitement conscient : la force de frappe de son équipe ne sera pas la même avec ou sans l’attaquant du Real Madrid. Et tous ceux qui disent le contraire pourraient vite déchanter dans quelques mois.

Pour certains, l’équipe de France peut parfaitement se passer de Benzema et faire cofinance à André-Pierre Gignac et Olivier Giroud car les Bleus ont réussi des matchs amicaux convaincants face à la Russie et aux Pays-Bas récemment. La Russie et les Pays-Bas… LA RUSSIE ET LES PAYS-BAS, soit deux formations aux faiblesses abyssales… Rappelons tout de même que les Hollandais ont réussi la performance (oui oui la performance) de ne pas se qualifier pour le prochain Euro.

Mais ce n’est pas grave, allons-y, sortons les violons, Gignac a marqué contre la Russie donc il peut parfaitement suppléer Karim Benzema. Il m’est même arrivé de lire sur les réseaux sociaux que l’ancien joueur de l’Olympique de Marseille était meilleur que l’avant-centre merengue. Heureusement, j’étais assis à ce moment-là.

Soyons sérieux cinq minutes, Karim Benzema est le meilleur attaquant dont dispose – ou plutôt disposait – l’équipe de France. Encore cette saison, il brille avec le Real Madrid, avec notamment 21 buts en 22 rencontres de Liga. Alors certes, son rendement est moins emballant avec les Bleus (27 buts en 81 sélections). Mais à sa décharge, il n’est pas entouré des mêmes joueurs qu’au sein de la Maison Blanche.

Et puis, si Laurent Blanc comme Didier Deschamps l’ont constamment érigé en avant-centre numéro 1, ce n’est pas un hasard. Karim Benzema fait partie des meilleurs attaquants du monde et peut faire la différence à tout moment. En ce sens, il manquera grandement à l’équipe de France. « Ce qu’il a de plus que les autres ? Son apport dans le jeu. Il apporte dans la construction. Vous n’êtes pas attaquant du Real pendant cinq ans, avec Mourinho, Ancelotti, Benitez ou Zidane, comme ça. Tous les pays nous l’envient »,  précisait Didier Deschamps il y a un mois.

Venons-en maintenant au point le plus savoureux du communiqué de Noël Le Graët : l’exemplarité. « Parce que ce sont eux qui joueront, parce qu’ils sont exemplaires, parce qu’ils le méritent. » Le moins que l’on puisse dire, c’est que le président de la Fédération Française de Football ne manque pas d’humour. Comment ose-t-il parler d’exemplarité alors que Patrice Evra est encore le titulaire du poste de latéral gauche. PATRICE EVRA, capitaine à Knysna.  Alors oui, le joueur de la Juventus a « payé » sa dette – même si elle n’est pas suffisante selon moi. Mais n’allons pas pour autant parler d’exemplarité, c’est franchement se foutre de la gueule du monde.

Autre moment de rigolade dans le communiqué de Le Graët : « Ce qui a surtout été décisif, c’est le comportement du groupe pendant le rassemblement de mars. On a senti une grande harmonie. » Suis-je bête, c’est vrai que Karim Benzema était un vrai problème pour le groupe, détesté de tous et nuisant à son bon rendement… C’est certainement pour cette raison qu’Antoine Griezmann expliquait ceci mercredi, à l’issue de la victoire de l’Atlético face au Barça : «C’est un très grand joueur, c’est vrai qu’il nous manquera certainement. J’ai appris ça dans le bus en venant au stade. A titre personnel, c’est beaucoup de tristesse parce que je m’entends bien avec lui sur le terrain et au dehors. C’est un ami pour moi. » 

Si les Bleus peuvent néanmoins réaliser un grand Euro dans quelques mois, Karim Benzema leur manquera. Il leur manquera grandement même. Car si André-Pierre Gignac et Olivier Giroud ont du talent, ils en ont indéniablement moins que l’ancien élément de l’Olympique Lyonnais. »

 

Les Bleus attendent encore le ‘Grand match’ de Benzema

 

« Avant d’énoncer une pléiade d’arguments, il est important de rappeler que Karim Benzema est de loin l’attaquant le plus talentueux de sa génération (sur le papier) pour cette Equipe de France. Il est également essentiel de préciser qu’il n’est pas l’avant-centre titulaire du Real Madrid depuis six ans par hasard et qu’il est un des maillons forts de la Casa Blanca ces dernières saisons.

Place désormais au rôle de Karim Benzema en Equipe de France. Comme cela a été rappelé précédemment, l’attaquant est indispensable au Real Madrid. Un gros bémol existe néanmoins en sélection depuis ses débuts : son rôle avec les Bleus est loin d’être aussi prépondérant. Efficace dans un rôle de lieutenant de Cristiano Ronaldo au Real Madrid, l’international français a du mal à assumer son statut d’homme providentiel avec les Bleus.

Qui pourrait par exemple citer un match à enjeu dans lequel Karim Benzema a porté l’équipe sur ses épaules à lui tout seul ? Le barrage retour face à l’Ukraine… décisif au cours de cette rencontre, il était à l’image de l’équipe ce jour-là, sur un nuage, avec Franck Ribéry comme fer de lance et un Mamadou Sakho sur une autre planète. Mais quand a-t-il réussi à sortir les Bleus d’un mauvais pas ? Entre la Coupe du Monde 2014 et sa suspension à la fin de l’année 2015, en dépit de ses buts, il n’a jamais semblé surnager lorsque l’équipe était au plus mal… ce qui est pourtant la définition même du mot ‘indispensable’.

Certains diront qu’il a souvent été mal entouré en sélection nationale. Très bien, mais quels joueurs entouraient Cristiano Ronaldo face à la Suède, en 2013, lors de la double confrontation décisive pour le Mondial brésilien ? Sans vouloir faire offense aux coéquipiers de l’intéressé, il n’y avait pas grand monde pour l’aider sur le terrain ces soirs-là.

D’autres ajouteront, « oui mais Benzema, ce n’est pas de la même dimension que Cristiano Ronaldo »… Comparons alors avec un autre attaquant de ‘Classe mondiale’. Robert Lewandowski, c’est 32 buts en 72 matchs, soit un peu moins d’un but toutes les deux rencontres… dans une sélection qui est pourtant loin de flirter avec le Top 10 mondial. Statistiquement parlant, Karim Benzema c’est 27 buts en 81 sélections… soit un but tous les trois matchs. La comparaison parle d’elle-même.

Parce que les statistiques ne donnent qu’une simple tendance et ne sont pas une vérité absolue, penchons nous alors sur le jeu des Bleus. Avec ses nombreux décrochages, Karim Benzema a souvent eu tendance à ‘tuer’ les actions aux abords des vingt-cinq mètres adverses durant une grande partie de sa carrière… A tel point, que le sélectionneur avait été contraint de placer son attaquant vedette sur le banc des remplaçants à cause de son manque d’efficacité, devant la cage adverse, et sa trop faible influence dans le jeu tricolore.

S’il est indéniable que le Madrilène a fait de véritables progrès dans ce domaine en Equipe de France, entre la fin de l’année 2014 et l’automne 2015, son absence en sélection s’est-elle véritablement faite ressentir au cours de ces six derniers mois dans le jeu de l’Equipe de France ?

A chaque fois qu’ils en ont eu l’opportunité, Olivier Giroud et André-Pierre Gignac ont marqué des points à ce poste, sous l’impulsion d’un Antoine Griezmann devenu pour sa part véritablement indispensable. Certes les Bleus n’ont joué que des matchs en bois sur cette période, mais face à des adversaires tout aussi médiocres, les hommes de Didier Deschamps ont (très) souvent galéré avec Karim Benzema à la pointe de l’attaque entre 2012 et 2015.

Et puis, comme l’a confié Noël Le Graët ce jeudi, la priorité de Didier Deschamps était avant tout de sécuriser l’esprit de groupe et le collectif. Privé de son meilleur joueur, en terme de talent individuel, les hommes de Deschamps pourront partir sur la route de ‘leur’ Euro sans avoir, en plus, à supporter toute la pression qu’aurait impliqué la présence de Karim Benzema dans les vingt-trois et les justifications quotidiennes qu’il aurait fallu y apporter.

Alors s’il est indéniable que l’absence de Karim Benzema n’assure pas une victoire finale aux Bleus lors du prochain Euro, ce que sa présence n’aurait au passage pas non plus garanti, cette décision aura comme effets bénéfiques de ne pas ajouter une pression supplémentaire au quotidien pendant plus d’un mois (avec une affaire extra-sportive)… mais également de rassembler tous les supporteurs de l’Equipe de France derrière leurs joueurs. Un moindre mal… qui ne sera certainement pas de trop. »

 

Par Nicolas Breton et Eitel Mabouong

 

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