[Décryptage] Gonzalo Higuain, l’antithèse du mercenaire

Le récent transfert de Gonzalo Higuain à la Juventus Turin pour 90 millions d’euros n’a pas manqué de faire parler. Entre des supporteurs du Napoli meurtris et un président trahi, mais (très) fortement) enrichi, tous les éléments laissent penser que l’international argentin est une belle ordure… Sacrée ironie lorsqu’on connait la légende urbaine à propos des éboueurs napolitains !

 

 

Gonzalo Higuain, le choix de la cohérence

 

90 millions d’euros… c’est le montant pour lequel Aurelio De Laurentiis et Naples ont accepté d’ouvrir la porte à leur attaquant vedette au cours de ce mercato estival. Alors que cette opération a tout d’une aubaine pour le club de la Campanie, son président a trouvé le moyen de se plaindre. Non pas à propos du montant du chèque perçu, concernant la perte de l’Argentin. L’intéressé n’a ainsi pas hésité à parler de trahison… Vu le coût de celle-ci, on en connait plus d’un qui aimerait se sentir trahi.

Plus que le président, ce sont également les supporteurs qui sont montés au créneau pour faire part de leur colère. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, cette haine n’a pas été déversée sur le club – qui a pourtant accepté de se faire rincer dans cette affaire – mais sur le joueur. Si ce sentiment de frustration est compréhensible, pourquoi faudrait-il pour autant s’en prendre à Gonzalo Higuain dans cette affaire ? Quelle raison objective fait qu’il devrait être considéré comme un traitre ?

En y regardant de plus près, il n’y a rien à reprocher à Pipita. Bien que la rivalité entre la Juventus Turin et le Napoli ait été remise au goût du jour ces dernières saisons, avec le retour au premier plan des hôtes du San Paolo, ces deux clubs ne boxent pourtant pas dans la même catégorie aujourd’hui. Serait-il en effet logique d’hésiter entre un club en constante progression en Ligue des Champions, dont il a été finaliste seulement un an plus tôt, et un autre qui galère à passer la phase de groupes dans cette même compétition ?

 

 

Un discours purement objectif

 

En quittant Naples pour la Vieille Dame, Gonzalo Higuain a surtout fait un énorme bond en avant dans sa carrière. Il l’a d’ailleurs déclaré dés sa présentation face à la presse ce jeudi : « Je suis venu à la Juve pour gagner. La mentalité de vainqueur et le projet incroyable : ce sont les raisons pour lesquelles je suis ici. A La Juve, on joue avec tout le monde et pour tout le monde. Les individualités comptent moins que le collectif. C’est pour cela que la Juve est si forte ».

Si certains auront beau jeu d’affirmer que ces belles paroles ne servent qu’à faire mousser les Bianconeri, ce discours peut-il véritablement être remis en cause ? Serait-ce aujourd’hui une aberration d’affirmer que Naples a beaucoup plus perdu avec Gonzalo Higuain que la Juventus Turin ne l’aura fait en vendant Paul Pogba à Manchester United ?

En se replongeant dans sur ces derniers mois, il faut ainsi reconnaitre que les Turinois ont toujours réussi à pallier les blessures de leurs joueurs. Même sans Sami Khedira, Claudio Marchisio, Giorgio Chiellini ou Paulo Dybala, la Juventus s’est toujours montrée en mesure de rivaliser avec ses adversaires. Ce sera d’ailleurs sans les trois derniers cités, et donc sans son meilleur buteur du moment, que le club du Piémont passera à deux doigts de sortir le Bayern Munich de la LdC au mois de mars (2-2, puis 2-4 après prolongations). Concernant les Napolitains, alors en pleine course au Scudetto, ils se feront balader par l’Inter Milan (0-2) en l’absence de leur buteur vedette.

En rejoignant la Juventus, Gonzalo Higuain a donc atterri dans une équipe dont la force réside dans le collectif et non sur l’apport de ses individualités. Et parce que le football est un sport collectif, avant d’être une banale lecture de grilles statistiques individualisées, l’Argentin a bel et bien davantage d’opportunités de soulever des trophées avec les Bianconeri. Et si une augmentation salariale conséquente vient par ailleurs s’ajouter au projet sportif, terme trop souvent galvaudé ces derniers temps, Gonzalo Higuain aurait été mal inspiré de refuser une telle proposition.

 

 

Mentalité d’un autre temps

 

Pour ce qui est de la récente sortie de Francesco Totti à ce sujet, qui assurait que de nombreux joueurs – dont l’ex-Merengue – faisaient aujourd’hui le choix de l’argent et non du coeur, le temps est très certainement venu pour lui d’avoir une nouvelle vision du football. En dépit du respect qui lui est dû, il faut en effet constater que le football est désormais plus qu’un simple sport. Cela est aujourd’hui devenu un véritable métier à part entière. Pour les clubs, l’unique moyen de retenir leurs salariés est ainsi de leur assurer qu’ils font partie d’une des meilleures entreprises de la planète. Le tout en leur garantissant les avantages nécessaires… à savoir le temps de jeu.

Dans un monde où les travailleurs changent de plus en plus souvent d’entreprise, voire d’emploi dans les cas les plus extrêmes, comment reprocher aux footballeurs d’en faire de même ? A titre de comparaison, quel cuisinier refuserait l’opportunité de quitter son poste chez McDonald si le prestigieux Paul Bocus venait frapper à sa porte…

D’ailleurs si besoin est de remonter dans le temps, à une époque où le choix du coeur était privilégié, il serait nécessaire de rappeler que seuls les joueurs qui faisaient partie du onze majeur d’une grande équipe n’en bougeaient pas. Une donnée qui explique ainsi pourquoi Paolo Maldini est rester fidèle à l’AC Milan, ou plus récemment pourquoi les Iker Casillas, Xavi Hernandez, Andres Iniesta et autre Lionel Messi en ont fait de même.

En résumé, si Naples avait eu la stature d’un prétendant à la victoire finale en Ligue des Champions, Gonzalo Higuain – en tant que titulaire indiscutable de cette présumée formation ambitieuse – n’aurait jamais eu besoin de rejoindre la Juventus Turin. Qualifier Pipita de traitre ou de mercenaire et l’ériger au même rang que Luis Figo, qui n’avait lui objectivement aucune raison sportive de quitter le FC Barcelone pour le Real Madrid en 2000, est donc un brin exagéré. Surtout lorsqu’on sait que le Napoli, la victime présumée, en a profité pour croquer dans la pomme avec un tel transfert.

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