EURO 2016 : France, ce qui a changé depuis le 1er tour

Loin d’être exceptionnelle depuis le début de cet EURO 2016, l’équipe de France a tout de même profondément changé de visage entre son entrée en lice dans la compétition et cette finale face au Portugal. Si les Bleus auront largement profité d’un boulevard grâce à un tirage très favorable, ils ne doivent cependant pas leur place en finale qu’à ce coup du sort. A l’instar de Fernando Santos, son homologue lusitanien, Didier Deschamps aura lui aussi profondément chamboulé son équipe afin de l’améliorer.

 

 

Une défense réajustée

 

Contraint de faire face à de nombreuses absences dans ce secteur de jeu, Didier Deschamps a longtemps dû tâtonner avant de trouver son quatuor idéal… et surtout une charnière impériale. Privé de Raphaël Varane, Mamadou Sakho, Jérémy Mathieu ou encore – dans une moindre mesure – de Kurt Zouma et Aymeric Laporte, le sélectionneur des Bleus a été contraint de sélectionner pour la première fois Samuel Umtiti et de rappeler Adil Rami… après quasiment trois ans d’absence.

Lors du 1er tour, Didier Deschamps tente d’instaurer une certaine stabilité dans son arrière-garde. Loin d’être rayonnante, celle-ci ne doit son salut qu’aux miracles de Hugo Lloris dans les cages… et de Dimitri Payet sur le front de l’attaque. En 1/8 de finale, ce secteur n’est guère plus convaincant. Les latéraux sont souvent livrés à eux-mêmes en raison d’un repli trop laxiste de la part des milieux de terrain. Dans l’axe, Adil Rami – pour lequel une montée en puissance était attendue avec l’accumulation des rencontres – montre au contraire des signes davantage d’inquiétudes au fil des matchs, aux côtés d’un Laurent Koscielny toujours plus à son avantage, aussi bien dans les duels que dans l’anticipation.

Pour le 1/4 de finale face à l’Islande, la suspension d’Adil Rami est problématique. Loin d’être inquiétante sur le papier, étant donné que l’adversaire ne possède pas un style de jeu basé sur la possession ou la domination territoriale, elle reste un problème dans la mesure où les Bleus disposeront d’un match en moins pour parfaire leurs automatismes en charnière centrale.

Ce qui devait à l’origine être un soucis va en réalité devenir une révélation avec l’éclosion de Samuel Umtiti… qui n’était que le huitième ou neuvième choix de Didier Deschamps quelques semaines auparavant, lorsque ce dernier disposait encore de toutes ses forces vives dans l’axe. Plus que l’opposition face à l’Islande, durant laquelle il aura été poussif, c’est devant l’Allemagne que Samuel Umtiti va véritablement tirer son épingle du jeu.

Parce qu’il vaut mieux tard que jamais, Didier Deschamps pourra s’appuyer sur cette dernière trouvaille pour défier le Portugal dimanche soir au Stade de France.

 

 

Un milieu de terrain repensé

 

Si la défense n’aura eu besoin que d’un léger ajustement dans cette compétition, le milieu de terrain aura pour sa part été totalement repensé. Le fameux milieu à trois indéboulonnable, qui fait généralement office de dogme dans le football français ces dernières années, a laissé place à un système à deux récupérateurs.

Sans influence tout au long du 1er tour, si ce n’est par quelques fulgurances individuelles pour franchir les lignes, le trio Pogba – Kanté – Matuidi s’est fort logiquement disloqué à partir des 1/8 de finale. Il aura tout de même fallu attendre le marasme de la première mi-temps face à l’Irlande pour procéder à ce changement. Pourtant meilleur que ses coéquipiers dans ce système, Ngolo Kanté sort en lieu et place de Kinglsey Coman. Devant une Irlande à l’agonie physiquement puis très rapidement réduite à dix en deuxième période, ce changement s’annonce gagnant mais n’apporte pas encore toute les garanties nécessaires.

En 1/4 de finale devant l’Islande, c’est à nouveau une suspension qui va faire office de déclic. Averti au tour précédent, Ngolo Kanté ne peut prendre part à cette rencontre. Plutôt que de faire du poste pour poste, Didier Deschamps retente son 4-2-3-1 en titularisant Moussa Sissoko. Un choix qui pourra permettre à la Franc de repasser à trois dans l’entre-jeu en cas de coup dur. Largement à son avantage sur son couloir droit, l’ex-Toulousain sera la révélation de la rencontre. Plus que pour son abatage, c’est surtout par l’équilibre apporté dans le jeu des Bleus que Sissoko s’avère précieux.

Cette stratégie s’avèrera à nouveau payante devant l’Allemagne. Au-delà d’un simple élément, Moussa Sissoko est surtout l’homme à tout (bien) faire de cette équipe de France. Tantôt milieu droit, tantôt arrière-droit voire même milieu gauche quand cela devient nécessaire, Sissoko bouche les carences défensives de ses partenaires… amenant de fait une stabilité tant recherchée devant la défense.

 

 

Une attaque chirurgicale

 

Comme cela avait été pressenti dés le début de cet EURO 2016 : la France ne pouvait pas éternellement tenir grâce aux miracles d’un seul joueur, à savoir Dimitri Payet lors du 1er tour. Mis à part sur les chevauchées fantastiques de l’ancien Marseillais ou les remontées de balles sur trente mètres de Paul Pogba et Ngolo Kanté, le jeu offensif des Bleus est inexistant. Autrement dit, les hommes de Didier Deschamps ne doivent leur salut qu’à la réussite de ses individualités… et ne peuvent compter sur une véritable maitrise collective.

A compter des 1/8 de finale, c’est Antoine Griezmann qui reprend les choses en mains. Fini le 4-3-3, les Bleus passent en 4-2-3-1, ou 4-4-2 selon les séquences. Si le jeu offensif français passe quasi exclusivement par Antoine Griezmann, l’utilisation du ballon réalisé par le Colchonero permet de créer les prémices d’un jeu collectif. Redoublés, une-deux, passes en première intention… le ‘numéro 7’ tricolore brille et, surtout, fait briller les autres.

L’Islande ne sera qu’une confirmation des belles promesses aperçues devant l’Irlande. Avec un Moussa Sissoko positionné sur le couloir droit, Griezmann occupe alors son poste de prédilection… celui de neuf et demi. Comme avec Fernando Torres à l’Atletico Madrid, la doublette avec Olivier Giroud fait merveille. Le soutien de Sissoko et de Payet sur les flancs, et souvent à leur avantage dans les un-contre-un, permet par ailleurs d’ouvrir les brèches nécessaires dans l’axe du terrain.

Incapable de produire du jeu par le biais de longues séquences de conservation, l’équipe de France se montre toutefois chirurgicale à chacune de ses offensives dans la transition. Contre l’Allemagne, une simple accélération juste avant la pause – après deux petites occasions durant l’intégralité du premier acte – aura ainsi suffi à mettre à mal la défense de la Mannschaft. Lors de cette demi-finale, ce sont d’ailleurs deux erreurs défensives adverses qui se transformeront en but pour les Bleus. Le penalty synonyme d’ouverture du score vient en effet d’une erreur de précipitation de la part de Jonas Hector, qui amène le corner et la main de Bastian Schweinsteiger. Sur le deuxième but, c’est une relance manquée qui profitera à Antoine Griezmann, après un travail de Paul Pogba sur le côté gauche de la surface.

 

 

Le constat général : la France, une équipe cohérente et efficace

 

A défaut d’être transcendante, la France a d’ores et déjà réussi à passer du statut de somme d’individualités à celui d’équipe au gré des rencontres dans cet EURO 2016… ce que n’a par exemple pas été en mesure de réaliser la Belgique.

A l’instar du Portugal, les Bleus ont eux aussi su s’adapter lors de cette compétition… mais avec beaucoup moins de maitrise, si on se souvient de la rencontre face à l’Allemagne. Contrairement à la Seleção, la France semble pour sa part avoir trouvé son style de jeu. Ne sachant pas prendre le jeu à son compte dans une rencontre, mis à part lorsqu’ils sont dos au mur, les hommes de Didier Deschamps pourront toutefois compter sur leur redoutable jeu de transition qui est, derrière celui de l’Italie, le meilleur de cette compétition.

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